Elaborer son premier bain de teinture
- il y a 11 heures
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La réalisation d’un bain de teinture s’apparente à une recette de cuisine. Il faut cependant connaître les différentes options possibles et les paramètres à ajuster afin d’obtenir la couleur désirée. On décrypte ensemble, dans cet article, ce qui caractérise un bain de teinture réussi.

Comprendre les bases du bain de teinture
La teinture en bain est la technique la plus commune pour obtenir des teintures unies sur textiles ou sur d’autres fibres végétales ou animales. Ce procédé de teinture par immersion nécessite seulement deux ingrédients : généralement de l’eau et la plante tinctoriale.
Un bain de teinture, c’est quoi exactement ?
Le bain de teinture est un liquide coloré qui est le résultat de l’extraction des colorants d’une plante par exemple, dans l’eau le plus souvent. L’eau sert de vecteur pour les colorants en les transportant de la plante vers les fibres textiles. Il est donc essentiel d’extraire des colorants solubles dans l’eau.
L’eau est le solvant le plus courant en teinture naturelle car les fibres textiles ont une capacité d’absorption accrue de l’eau. C’est un point essentiel car la rencontre entre colorants et fibres en sera facilité.
D’autres solvants doivent dans certains cas être utilisés selon le type de colorant à extraire. C’est le cas de la teinture à l’orçanette qui nécessite une extraction à l’alcool.
Les grandes étapes du processus de teinture en bain
L’élaboration du bain de teinture s’inscrit dans un processus global de teinture naturelle et correspond seulement à une étape de ce dernier. Pour avoir cette vision globale et comprendre les étapes essentielles à réaliser avant le bain de teinture, je te conseille de lire mon guide sur la teinture naturelle si ce n’est pas déjà fait.
Dans cette article dédié au bain de teinture, nous allons détailler les étapes clés suivantes :
Quels sont le matériel et les ingrédients essentiels ?
Comment extraire les colorants de la plante ?
Quels paramètres du bain de teinture ajuster ?
Comment teindre les fibres ?
Comment finaliser la teinture ?
Je tiens également à repréciser ici que pour obtenir des couleurs durables, il est essentiel de préparer le tissu de façon adéquate et notamment de réaliser un mordançage approprié.
Je détaille cette étape dans l’article de blog sur le B.A.-BA du mordançage.
Le matériel et les ingrédients essentiels
Telle une recette de cuisine, le bain de teinture nécessite une liste de matériel dédié et une source de matières colorantes.
Choisir la bonne casserole

Plusieurs types de casseroles sont “bonnes” en teinture naturelle. L’important est d’utiliser une casserole que l’on dédie à la teinture, c’est-à-dire qu’on ne la réutilisera jamais pour cuisiner des aliments.
Plusieurs critères sont à observer :
sa contenance : la casserole devra être assez grande pour contenir la quantité de textiles à teindre en une seule fois et que celui-ci puisse bouger librement dans le bain.
en quelle matière la casserole est faite : il est nécessaire d’identifier avec quel métal a été fabriquée sa casserole car certains métaux ont une influence sur la couleur finale en agissant comme mordant. Je recommande d’utiliser une casserole en acier inoxydable, en émail intact ou en aluminium pour commencer.
Sélectionner la plante tinctoriale
Toutes les plantes sont tinctoriales, cependant toutes ne donneront pas des couleurs intenses et durables. Il est important de définir en amont, quel sera l’usage et la durée de vie de la pièce teinte.
Les frottements (lavage, mouvements), la lumière ou encore la sueur sont des éléments qui peuvent altérer la couleur au fil du temps. Pour ces projets, il sera essentiel de sélectionner des plantes dites grand teint comme la garance (rouge), la gaude (jaune) ou l’indigo (bleu).
Pour faire ses propres expérimentations, découvrir les couleurs qu’une plante peut donner, n’importe quelle plante peut être utilisée. Si tu es dans cette démarche, je te conseille de consulter la page Nuanciers à teindre qui explique une technique simple pour révéler les couleurs des plantes.
Choisir les fibres textiles à teindre
Les teintures naturelles fonctionnent seulement sur des fibres textiles d’origine naturelle : on pourra citer les fibres d’origine végétale (coton, lin, chanvre), les fibres d’origine animale (laine et soie) et les fibres artificielles (lyocell, viscose).
L’immersion des fibres dans le bain de teinture nécessite qu’elles soient humidifiées au préalable afin de favoriser leur absorption du bain de teinture. Les fibres peuvent être teintes en coupons, en écheveaux ou sous forme de vêtement déjà cousu.
Certaines fibres notamment celles d’origine animale sont sensibles aux variations de températures et de pH; il sera donc essentiel de garder un œil sur ces paramètres lors de l’immersion des fibres dans le bain.
Comment extraire les colorants de la plante
L’extraction des colorants peut se faire de plusieurs façons ce qui aura une influence directe sur la couleur finale : on ajustera la température selon la source de matières colorantes. Quelque soit la méthode choisie, il est important de couper la plante tinctoriale en petits morceaux afin de faciliter l’extraction des colorants.
Méthode d’extraction à chaud (>50°C)
L’extraction par la chaleur est le procédé le plus répandu en teinture naturelle car la température accélère considérablement le processus d’extraction des molécules colorantes de la plante vers le bain de teinture.
Ce procédé consiste à placer la plante tinctoriale en morceaux dans une casserole et de recouvrir d’eau. La casserole est ensuite placée sur une plaque de cuisson et est portée à ébullition plus ou moins prononcée selon le type de plante : la décoction aura lieu entre 20 minutes et 1 heure.
Méthode d’extraction à froid (<50°C)
L’extraction à froid est une méthode qui requiert plus de patience car en l’absence de chaleur directe, le processus d’extraction prend plus de temps.
Pour ce faire, on utilisera une autre source d’énergie qui peut être :
le Soleil dans la technique de teinture solaire,
les bactéries pour les teintures par fermentation,
les enzymes pour les teintures nécessitant une oxydoréduction.
L’extraction avec l’une de ces méthodes peut alors varier de quelques heures à plusieurs jours.

Temps de macération : comment l’adapter selon la plante
De plus, la température d’extraction du bain de teinture doit être adaptée selon la source de matière colorante.
En effet, plus une matière colorante est dure et robuste comme une écorce et plus la température d’extraction du bain pourra être élevée.
Au contraire, si la source de matières colorantes sont des fleurs ou des feuilles, alors la température d’extraction devra être plus basse afin de limiter l’extraction des tannins qui foncent la couleur finale.
Nuancer son bain de teinture
Le bain de teinture est un médium malléable qu’il est possible d’ajuster indéfiniment selon la couleur finale désirée.
Bain à chaud ou à froid : comment choisir ?
Si tu ne sais pas choisir entre teinture à chaud ou à froid, pars sur la teinture à chaud. La grande majorité des plantes tinctoriales entières peuvent et doivent être extraites à chaud.
Par opposition, lorsque l’on utilise un extrait colorant (= liquide ou poudre qui concentre les colorants d’une plante), il est possible de diluer cet extrait dans l’eau froide car l’extraction ayant déjà eu lieue, on a juste besoin d’eau pour mettre en relation le colorant et les fibres textiles.
Le dernier cas concerne les extractions dans un solvant autre que l’eau, comme l’alcool par exemple, qui nécessitera également une extraction à froid.
Ajuster le pH pour modifier les couleurs
La notion de pH réfère à l’acidité de la solution (ajout de vinaigre). Par opposition, on parlera d'alcalinité (ajout de bicarbonate de soude).Ajuster l’acidité du bain de teinture permet d’obtenir des nuances différentes avec une même plante. L’exemple le plus équivoque est le bain de teinture au chou rouge qui varie du rose (acide) au vert (alcalin) en passant par le violet et le bleu.
Toutes les plantes n’ont pas la même sensibilité aux variations de pH et les colorants les plus sensibles sont souvent ceux qui donnent une couleur la moins durable. Les anthocyanes contenues dans le chou rouge ne sont pas pérennes sur textile, par contre les flavonoïdes contenu dans les pelures d’oignon jaune one unt meilleure résistance.
Concentration du bain : jouer sur l’intensité de la couleur
Pour accentuer une couleur, il est possible de concentrer le bain de teinture. Pour ce faire, il suffira de faire réduire le bain à feu doux jusqu’à ce que le bain devienne assez foncé.
Le mordançage simultané
Dans la même idée, afin d’augmenter l’intensité de la couleur finale, il est possible d’utiliser la technique du mordançage simultané. Soit en ajoutant du mordant en poudre dans le bain de teinture, soit en cuisant le bain de teinture dans une casserole faite dans un métal particulier comme les marmites en aluminium.
Teindre les fibres
On arrive au moment clé: la rencontre entre les fibres et la couleur ! Comme décrit précédemment, cette rencontre doit se faire dans un milieu qui maximise les chances de contact entre les molécules colorantes et les fibres textiles.
Immersion des textiles dans le bain
Il est important d’humidifier les fibres avant de les plonger dans le bain de teinture. En effet, l’eau va ouvrir les fibres textiles et ainsi augmenter les chances pour les molécules colorantes de se fixer sur les fibres. La couleur finale en sera alors plus intense.
De plus, la température du bain de teinture avant immersion doit s’adapter au type de fibres à teindre. Les fibres cellulosiques (coton, lin et chanvre) peuvent être plongées dans un bain de teinture chaud sans soucis. Par contre, les fibres protéiques comme la laine ou la soie sont très sensibles aux variations de température ; il est donc nécessaire de plonger ces fibres dans un bain tiède puis d’augmenter la température progressivement quand les fibres sont dans le bain.

Temps de teinture et développement de la couleur
Le temps de macération du textile dans le bain de teinture peut varier de quelques secondes à plusieurs heures. Cette amplitude s’explique par différents critères comme la concentration du bain de teinture, le pré-mordançage réalisé ou le type de colorant.
Pour une teinture à chaud, je préconise de laisser le textile se colorer au moins une heure dans le bain. Et pour intensifier la couleur, on le laissera toute une nuit.
Au niveau chimique, pour les plantes à mordants, c’est le mordant qui vient se fixer sur la fibre par une liaison chimique (notamment lors de l’étape de pré-mordançage). Quand les fibres mordancées sont placées dans le bain de teinture, les molécules colorantes viennent se fixer sur les mordants fixés aux fibres. Certaines molécules de mordant sont capables de fixer deux molécules colorantes, c’est ce qui permet d’intensifier la couleur.
Remuer, laisser poser, répéter : créer une couleur uniforme
Le textile à teindre doit pouvoir bouger librement dans le bain de teinture, c’est ce qui va permettre d’obtenir une couleur uniforme. Si le textile est plié à certains endroits, le pli va agir comme une réserve et cet endroit sera plus pâle au rinçage, ce qui créera une teinture moins uniforme.
Afin d'optimiser la prise uniforme de la couleur par le tissu, il est essentiel de remuer régulièrement le bain avec une cuillère en bois. Je conseille de remuer toutes les 10 minutes pour une teinture d’une heure. Par contre, plus le bain de teinture est concentré en couleur, plus il faudra remuer régulièrement car la coloration sera plus rapide.
Rincer, fixer et sécher
Le textile est maintenant coloré, voyons comment le traiter après la teinture afin de stabiliser et de nuancer la couleur finale.
Le rinçage : quand et comment
Le rinçage des textiles colorés doit se faire dans une bassine d’eau tempérée. Le tissu teint va dégorger de la couleur, c’est normal. Je fais de deux à trois rinçage succéssifs jusqu’à ce que le textile ne dégorge plus de couleur.
La couleur perçue sur tissu humide est toujours plus foncée que la couleur du tissu une fois sec. Si la teinte est trop pâle, il est possible de teindre une seconde fois voire une troisième fois le tissu dans le même bain ou un nouveau bain pour intensifier la couleur finale.
Nuancer la couleur grâce au post-mordançage
Après le rinçage, il est possible de modifier la couleur obtenue grâce à une post-mordançage. On utilisera notamment le sulfate de fer pour foncer la couleur ou le sulfate de cuivre pour la verdir.

Séchage et stabilisation de la couleur
Le séchage des textiles teints naturellement doit impérativement se faire à l’ombre pour éviter les rayons du Soleil direct qui peuvent faire pâlir la couleur.
Encore une fois, si la couleur est trop pâle après séchage, il est possible de teindre de nouveau le tissu avec la même plante ou avec une plante différente pour obtenir de nouvelles nuances.
Attendre avant le premier lavage : le curing
Il est coutume de dire que le repos de la couleur avant le premier lavage permet de la rendre plus solide. Je n’ai personnellement pas fait d’expérimentation à ce sujet, les textiles que je teins sont lavés quand l’occasion se présente et non chronométrés.
Une exception existe qui est la teinture à l’indigo qui ne nécessite pas de mordant. Les molécules colorantes viennent se coincer dans les fibres ouvertes par l’eau. Pour cette teinture particulière, le séchage et le repos sont alors essentiels pour améliorer la résistance de la couleur dans le temps.




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